Une étrange disparition à Gasajpampa
Par L'équipe GreenBees le Samedi, juin 26 2010, 00:00 - La vie des volontaires - Lien permanent
Bonjour, je m’appelle Serapio et je voudrais vous parler d’une histoire tragique qui arrive dans notre petite communauté de Gasajpampa. Hier toute la journée, nous nous sommes réunis pour rechercher un « comunero », c'est-à-dire un membre de la communauté. Julio a disparu mercredi il y a 10 jours.
Sa femme, sa famille, toute la communauté est très préoccupée. C’est pour ça que nous avons organisé hier une battue, à partir de l’endroit où il a été vu pour la dernière fois. Il avait pris le bus à l’aube pour aller faire des achats à Lima. Il y a un croisement, à peu près à cinq ou six heures d’ici, où les chauffeurs de bus s’arrêtent toujours pour manger. Tous les passagers sont descendus du bus. Qu’aura fait Julio ? Aura-t-il acheté un encas ou bien est-il allé se promener autour du restaurant, profitant de cette pause pour se dégourdir les jambes ? Il est vrai qu’après ces premières cinq heures de bus, il en reste bien encore autant dans ce seul bus.
Toujours est-il que le pauvre Julio n’est jamais remonté dans le bus après la pause. C’est pourquoi nous sommes tous allés à l’endroit du restaurant ce samedi. La municipalité avait mis à notre disposition son camion. Avant l’aube, tous les hommes et les adolescents de la communauté se sont serrés dans la remorque, direction l’embranchement. Sept heures plus tard nous étions sur place et avons commencé à chercher en petits groupes. Il y avait aussi une escorte de la police régionale qui était là. Quand le soleil commença à décliner, les groupes petit à petit se sont retrouvés au restaurant. Personne n’avait le cœur à la fête.
Nous avons discuté un long moment avec le patron, essayant de voir s’il se rappelait son visage, s’il pouvait nous indiquer plus ou moins ce que Julio aurait bien pu faire pendant la pause ce jour-là. Mais le patron ne se souvenait plus de Julio. En revanche, il nous a raconté une histoire qui nous a fait froid dans le dos :
« Caramba, je ne veux accuser personne, mais tout ce que je peux dire, c’est qu’on parle dans le coin. On dit que quelqu’un aurait trouvé un nouveau filon d’or dans la montagne, et s’apprêterait à ouvrir une mine artisanale. Vous savez aussi bien que moi que quand quelqu’un ouvre une mine d’or, il ne fait pas ça comme ça. Il faut se protéger des accidents qui arrivent souvent dans les goulots creusés dans la roche, il faut aussi mettre les Dieux de son côté pour que le filon donne beaucoup d’or. Et comment se protège-t-on ? »
Nous savons bien que pour se protéger des colères de la montagne, de la Pachamama, il n’y a rien de tel que de lui faire une offrande, ou mieux, un sacrifice. Après avoir commencé à creuser une goulotte, on s’arrange pour trouver un ou deux hommes de passage, dont la famille ne pensera pas à venir les rechercher à cet endroit. On les attache, les bâillonne, et on referme le goulot, jusqu’à ce que le sacrifice soit réalisé, quand les hommes seront morts étouffés dans les entrailles de la montagne. Enfin c’est ce qu’on raconte autour du feu. Moi je n’ai jamais trouvé de filon alors…
Nous avons bien essayé de trouver l’homme qui aurait repéré le nouveau filon, mais il est introuvable… il faudrait pouvoir trouver l’endroit de cette nouvelle mine…

Le hameau de Gasajpampa, situé à plus de 3000m d’altitude.

Juste à côté se trouvent quelques ruines datant d’un autre âge.
Commentaires
l'histoire me rapelle un livre de Vargos lossa où il raconte qu'il faut faire des sacrifices à la pachamama. Cela doit etre bien ancré dans leur histoire
Effectivement c'est assez présent chez lui. Quel est le titre du bouquin en français? As-tu aussi entendu parler du trafic de graisse humaine? un autre sujet qui revient assez régulièrement, dans les histoires fictives ou "véridiques"...