L’école rurale péruvienne (3ème partie)
Par Elodyves le Samedi, juin 5 2010, 18:19 - L'école rurale péruvienne - Lien permanent
Cette semaine, le cycle consacré à l’école rurale péruvienne vous fait découvrir le témoignage de Keyli, une collégienne de 13 ans qui vit dans un petit village de quelques dizaines d’habitants.
J’ai 13 ans et je vis à Siraumarca, dans la région Ancash, au Pérou.
Siraumarca est un joli village, qui se trouve sur les hauteurs de la ville de Sihuas.
On y arrive après 1h ½ de montée sur un petit chemin de pierres très pentu. On peut aussi y passer avec des ânes, c’est bien pratique pour transporter nos courses !
Tous les jours je vais au collège de Sihuas. Je me lève vers 5h, et je prépare le petit déjeuner pour moi et ma petite soeur Pamela qui a 5 ans. J’utilise des farines de différentes céréales ou légumes qu’écrasent ma maman : du blé, du mais, ou parfois des petits pois ou des fèves. Je mélange ces farines avec de l’eau et un peu de sucre. Puis je fais bouillir le tout sur notre petite cuisinière en terre, que j’allume avec des brindilles sèches et des coeurs de mais. Si nous avons du lait, j’en mets aussi un peu, c’est encore meilleur. Quand c’est prêt, je réveille ma petite soeur et nous prenons le petit déjeuner ensemble.
Je pars de la maison à 5h45 et je descends vite le chemin, car je connais tous les tournants et toutes les pierres ! Je dois arriver à l’école avant 7.00. Là, nous « nous formons », cela veut dire que nous formons des files indiennes par classe dans la cour. Nous chantons l’hymne du Pérou, et parfois une autre chanson, accompagnés par la fanfare de l’école. Puis un professeur nous donne les informations du jour, et quelques élèves disent une devinette ou une plaisanterie. Les cours commencent à 7h30.
A 13h, nous terminons les cours, et je remonte chez moi pour déjeuner. Je suis bien fatiguée quand j’arrive, mais je trouve souvent préparés d’avance plusieurs sortes de pommes de terre de notre champs cuites à l’eau, du mais grillé, de la soupe. J’aime bien éplucher mes pommes de terre et les faire tremper dans ma soupe. Après manger je vais garder nos animaux au pâturage ou j’aide à ramasser le maïs, et je tisse aussi parfois sur le métier de maman : des couvertures, des besaces pour mettre sur notre âne...
Jusqu’à la semaine dernière, je devais aussi préparer mes affaires pour l’école : chaque professeur veut qu’on couvre nos cahiers. C’est vrai que pendant les trajets, quand je cours sur les sentiers, mes cahiers ont la vie dure ! A partir du collège nous avons un professeur par matière et chacun demande de couvrir les cahiers d’une couleur précise ! Le problème c’est que dans les campagnes, il n’y a pas forcément un professeur compétent pour chaque matière. Dans mon collège il n’y a pas de « vrai » professeur d’anglais, et on demande donc à certains professeurs à qui il « manque » des heures d’assurer les cours d’anglais... Mais nous, on sait très bien qu’ils n’y connaissent pas grand chose...
Moi ce qui me plaît, c’est la littérature, mais je ne crois pas que je pourrais aller à l’université car mes parents ont besoin de moi pour les travaux des champs et pour s’occuper de ma petite soeur.


Commentaires
Bravo pour ce reportage . Félicitations à Keyli . Les journées doivent etre bien longues pour elle et ses camarades .Qu'est ce que tu aimes Keyli comme litterature ?:les romans ,la poésie..
Bravo pour ce témoignage Je pense qu'il serait intéressant que Keyli nous explique ce qui la rend si joyeuse dans la vie car son témoignage respire la joie !
François
Quand on pense que nous allons aménagé les horaires scolaires ici pour nos enfants parcequ'ils sont "soit disant trop fatigués" de quoi on ne sait pas. On se demande si nos grands pontes font des visites de travail ou se "ballade" dans ces pays. Ils devraient parfois prendre exemple. Bonne chance à Keyli pour ses études Jean Jacques
Bonne continuation à Elodie et Yves pour leur travail.
A bientôt au village
Jean jacques.
Bravo à Keyli pour son témoignage de vie.
Envoyez-nous toujours ce genre de témoignage réaliste, Yves, Elodie.
Bon courage.
Caroline
J'ai parcouru le sentier allant de Sihuas à Siraumarca. Il monte fort et paraît bien long.
J'y ai rencontré des jeunes qui, comme Keyli, rentraient du collège d'un pas alerte, le sourire aux lèvres, vétus de leur uniforme de collégien.
J'y ai croisé aussi des femmes, plus ou moins agées, parfois accompagnées d'un âne, qui descendaient ou remontaient de la ville avec les produits de leurs récoltes ou avec leurs achats.
Ce sentier est le moyen d'accès principal à ce village d'altitude (s'il y a une piste carossable - ce que j'ignore- , elle ne sert que très peu car les gens circulent essentiellement à pied).
Et les habitants de ce village travaillent dur pour assurer leur subsistance : élevage et cultures - sans aucune mécanisation compte tenu de la topographie. Comme ont travaillé leurs ancêtres depuis des temps immémoriaux.
Je souhaite que le système éducatif péruvien, en particulier l'école primaire du village (c'est le petit bâtiment à droite de l'église) permette aux jeunes qui vivent dans cette communauté - comme dans les autres communautés similaires-, d'avoir accès à l'intelligence de notre époque et à celle du passé et de se sentir partie prenante de l'humanité.
Mon voeu est que GreenBees y contribue à sa manière.
Merci pour ton témoignage Dominique!
Ola, je découvre tout juste l'existence de ce site et je suis plutot content de ce hasard. Déjà le template est de toute beauté, mais je vais passer sur ce sujet, en effet, les articles sont pratiquement tous passionnant et votre manière d'écrire est vraiment un plus pour votre site. Je vais faire un peu de pub via twitter pour ce super site! A la prochaine.
merci de ces petits reportages. C'est intéressant et cette histoire précise nous rappelle celle d'un village roumain ( c'est l'Europe à quelques heures en voiture de chez nous) que nous connaissons dans les Apucènes. Mais là-bas c'est l'institutrice qui fait tous les jours 2h matin puis soir en montagne ( plusieurs mois de neige par an) pour aller instruire ses petits élèves. et si exceptionnellement elle est malade, c'est son père ( 75 ans ) qui la remplace...
Bon travail et courage pour poursuivre votre mission qui nous fait prendre conscience de la chance intellectuelle de nos enfants même si notre système est actuellement bien malmené par la vision purement budgétaire de l'état.... Edwige Dorbon