De Huaraz à Chavin
Par Elodyves le Dimanche, mai 23 2010, 00:00 - La vie des volontaires - Lien permanent
Dominique vient de repartir du Pérou après une visite qui aura duré presque un mois. Les deux premières semaines, il faisait partie d’un groupe de son diocèse et a visité de nombreux sites situés au sud de Lima : Arequipa, Puno, Macchu Picchu, Ollantaytambo et Cusco entre autres. Il a ensuite consacré la deuxième partie à partager un peu le quotidien de notre vie péruvienne.
La visite de Dominique au Pérou a été aussi pour nous l’occasion de prendre quelques jours de vacances et de réaliser quelque chose que nous souhaitions faire depuis longtemps : marcher entre Huaraz, la capitale de la région où nous nous trouvons et Chavin de Huantar, la capitale d’un empire oublié qui couvrait de son influence une grande partie du territoire péruvien, dans les années mille avant Jésus Christ, c'est-à-dire plus de deux mille trois cents ans avant les Incas et quelques trois mille ans avant la création GreenBees.
Il est vrai que le Pérou est considéré comme l’un des cinq endroits dans le monde où les hommes ont commencé à se regrouper de manière organisée, il y a cinq mille ans déjà (sur le site de Caral, au nord de Lima). Caral reste d’ailleurs une énigme pour les archéologues : alors que les scientifiques associaient le début des grandes civilisations à de grandes guerres, le site de Caral ne semble pas vérifier cette théorie puisque aucune arme n’a été retrouvée sur le site. Les seuls objets découverts sont en rapport avec la religion, la musique et le commerce.
Le site de Caral, à 250 kilomètres au nord de Lima, avec ses pyramides énigmatiques. Sous chaque dune se cache une nouvelle pyramide.
Il y en a des centaines dans la vallée de Supe, la rivière qui a permis le développement de cette civilisation.
Rapidement se sont développées d’autres civilisations à la suite de Caral. Elles sont appelées ici « cultures » car elles se différencient les unes des autres par avec leur habitat, leurs objets quotidiens très typés. Ces cultures se sont toujours développées au bord de la côte pacifique, à l’embouchure des fleuves et vivaient le plus souvent de manière plus ou moins autonomes avec peu d’échanges entre elles. Car il ne faut pas oublier que la géographie du Pérou est peu propice au développement des communications. La côte est un grand désert pressé contre le Pacifique par les hautes montagnes des Andes dont les vallées étroites amènent de grands fleuves soit vers l’océan, soit vers le bassin amazonien. Les voies de communications ont été longtemps inexistantes. Après avoir acquis un bon niveau de développement, certaines de ces cultures dites précolombiennes osaient s’étendre plus à l’est, vers les montagnes des Andes mais ne sont arrivées que rarement jusqu’à la forêt amazonienne.
Par moment, l’une d’elle, plus influente et plus puissante que les autres, réussissait par la force à conquérir un territoire plus important et à soumettre d’autres cultures. Ce fut le cas de la culture Chavin, culture réputée assez cruelle, certains disent même qu’ils réalisaient des sacrifices humains. Les souverains vassaux devaient assister à des cérémonies religieuses réalisées dans un grand temple construit au croisement de trois vallées andines. Ce temple, construit quatre cents ans avant la fondation de Rome, était le but de notre marche de trois jours.
Nous avions prévu de faire la route accompagnés de lamas pour porter nos affaires mais il fut impossible d’en trouver, sauf à les faire venir de Cusco… Les mulets, les ânes et chevaux sont beaucoup plus utilisés dans cette région pourtant située à plus de trois mille mètres d’altitude. Du fait de sa situation plus proche de l’équateur, le climat y est beaucoup plus clément que dans le centre et le sud du pays. Si les lamas sont connus pour bien résister aux grands froids des hauts plateaux andins, ils ne portent pas plus de quinze kilos de cargaisons. Ils ne font dont pas le poids face aux mulets et aux ânes.
C’est donc accompagné d’un mulet et d’un âne que nous sommes partis, avec Pablo notre guide et Rodolfo notre muletier.
Nous avions précédé notre petite « expédition » de deux marches d’acclimatation à Sihuas.
Dominique n’éprouve pas de problème particulier à marcher à des altitudes comprises entre 2700 et 3000 mètres. C’est de bonne augure pour la suite du programme.
Le voyage pour Huaraz nous permet de découvrir les paysages vertigineux qui entourent la cordillère blanche. Il est de coutume de remercier par avance Dieu ou les Dieux de vous permettre d’arriver à notre destination, un voyage de neuf heures pour ne faire d’une centaine de kilomètres à vol d’oiseau. Il est vrai qu’à certains moments, il vaut mieux ne pas regarder sur le côté.
Le soir de notre arrivée, nous allons sur recommandation de Pablo voir la fête des croix de mai qui sont célébrés dans un quartier populaire de la ville. Luz a déjà parlé de cette fête dans un précédent article et nous sommes contents de l’avoir vécu. Des dizaines de groupes, issus des différents quartiers de Huaraz, dansent et défilent jusqu’à l’épuisement.
Et puis il y a aussi la fête foraine. Elodie et Dominique tentent leur chance au jeu du lancé de pièces. Il faut réussir à positionner la pièce de 10 centimes sur un nombre pour gagner. Mais attention, il ne faut pas toucher les bandes blanches.
Le lendemain, nous décidons de faire une petite marche tranquille jusqu’aux ruines voisines de Wilcahuani, d’une autre culture puissante. La culture Huari.
Le retour se fait en « colectivos », ces transports présents partout et qui nous permettent de rejoindre Huaraz en compagnie de quelques péruviens endimanchés. C’est vrai que nous sommes le jour de la fête des mères et qu’il y a beaucoup de célébrations en ville ce jour-là.
Puis à midi nous allons dans une ruelle un peu à l’écart du centre où les Huaracinos viennent chaque dimanche déguster leurs plats favoris. Je commande du confit de porc, Elodie du cochin d’inde et Dominique de la Pachamanca, qui se mange avec les doigts ! Le tout est arrosé de chicha, boisson fermentée à base de maïs.
Enfin le jour du départ. Notre marche durera trois jours pendant lesquels nous remonterons toute une vallée à travers le parc naturel de Huascaran, puis nous passerons un col à 4 700 mètres pour redescendre ensuite tranquillement jusqu’à 3 100 mètres à Chavin de Huantar.
Ce chemin était très fréquenté jusque les années 50, lorsque une route à été construite dans la vallée d’à côté. On voit l’usure laissée dans la pierre par des millénaires de passages d’hommes et d’animaux chargés. Aujourd’hui, on y voit plus que quelques agriculteurs et gardiens de troupeaux.
Le soir, nous avons la chance d’assister à un magnifique feu d’artifice de couleurs au moment du coucher du soleil. Le soleil avait et continue à avoir pour les peuples andins une importance particulière. Beaucoup de sites et rituels lui sont consacrés. C’est vrai qu’ici il parait si proche qu’il impose toute sa puissance.
Le premier campement se fait à 4 100 mètres environ. Il gèle la nuit mais la température monte vite dès l’apparition des premiers rayons du soleil, entre 6 et 7 heures. Pendant la journée, le soleil peut vous brûler la peau en quelques minutes et nous sommes contents d’avoir apporté des chapeaux et des manches longues.
En approchant du col, nous avons tous le souffle court mais Pablo s’occupe bien de nous. Le thé à base de feuilles de coca aide le corps à s’adapter à l’altitude en dilatant les veines. Dominique ménage ses forces.
Arrivée au col, à 4 700 mètres d’altitude. Le spectacle est saisissant même si on se sent relativement loin des hauts sommets qui culminent à plus de 6 000 mètres.
Les montagnes sont impressionnantes par leurs structures et leurs formes.
Le plus dur est dernière nous.
Qui veut battre le record familial et se baigner à 4 700 mètres. Dominique hésite…
Le lendemain matin, avant de reprendre la marche.
Pendant la descente nous rencontrons de nombreuses petites cabanes. Les habitants sont des agriculteurs et éleveurs nomades. En fonction des saisons, ils changent d’altitude et de maisons. Tous les cinq ans, il faut refaire les toits en paille qui permettent de se protéger efficacement des caprices du temps.
Des troupeaux de moutons montent vers les pâturages. Les bergers nous regardent avec intérêt et demandent à notre guide si nous n’aurions pas quelques médicaments ou un peu d’argent à leur donner. Ils ont pris l’habitude d’être aidés par les touristes qui empruntent le chemin.
Nous voici enfin à Chavin ou le site nous impressionne par ses dimensions. La visite permettra à Pablo d’avoir le temps d’organiser notre retour.Les temples sont organisés autour de quelques places. Sous ces places courent de nombreux canaux, dans lesquels on déversait de l’eau pour faire parler les Dieux grâce à des artifices acoustiques.
De nombreuses stèles représentent des divinités et des prêtres chargés des symboles Chavin : les dents du jaguar (ou du puma), les griffes du condor et les cheveux en serpent. Le serpent représente le monde souterrain, le jaguar représente le monde terrestre et le condor représente le monde des cieux. C’est une trilogie qui sera reprise par la plupart des cultures andines, jusqu’aux Incas.
Commentaires
quels merveilleux paysages, cela doit vous changer de votre vie quotidienne... Cela donne envie de venir !
Effectivement c'est magnigique tout ça. Ca m'a fait rêver un peu ce soir...
Bises à vous deux.
Merci de nous l'avoir rendu en état. Nous n'avons pas encore eu beaucoup le temps d'écouter le récit de papa mais il nous a donné la carte pour Rémi: il n'a mise dans sa table de nuit. Nous retournons à Corbie samedi, papa nous parlera longement de vous...on a hâte
oui, longement magnigique , comme vous dites
Effectivement un superbe périple qui fait réver. Contente de savoir que vous avez pu aller jusqu'à ce site magique !!
Les paysages que vous voyez, c'est un peu notre vie quotidienne. Sihuas est entouré de montagnes, de vaches, d'ânes et de ponchos.
Il faut bien quelques avantages à être au bout du monde.